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Le Nigeria est le principal producteur de manioc au monde avec 57 Mio de tonnes/an. Image : Fotolia

En Suisse, les normes réglementaires pour les recherches avec des organismes génétiquement modifiés sont élevées. Ce n’est pas le cas au Nigeria où l'École polytechnique fédérale de Zürich (EPFZ), conjointement avec l'Institut international d'agriculture tropicale (IITA), mène une expérience de dissémination de manioc génétiquement modifié qui se heurte à la résistance de la population locale.  Cette expérience n’est accompagnée d’aucune recherche sur la sécurité d’une telle dissémination et de très peu d’information. En Suisse ou dans l'UE, cette dissémination expérimentale de manioc GM n'aurait probablement jamais été approuvée.

Pour sa diffusion expérimentale, l'université suisse utilise non seulement les conditions climatiques appropriées en Afrique, mais aussi les exigences réduites en matière de normes de sécurité. Les préoccupations de la population locale sont largement ignorées et les questions des ONG suisses ne reçoivent pas de réponses adéquates.

Depuis des années, l’EPFZ mène des recherches sur la modification génétique du manioc, un aliment de base important dans de nombreux pays en développement. Les scientifiques espèrent tirer d'importantes conclusions de cette dissémination expérimentale. Cependant, les normes nécessaires à l’autorisation d’une telle expérience au Nigeria sont bien inférieures à celles de la Suisse ou de l'UE. La technologie d’interférence à ARN, peu étudiée en plein champ, est utilisée lors de cette expérience.  "L'EPFZ doit absolument effectuer une recherche responsable et indépendante sur les risques des disséminations. Au lieu de cela, dans sa demande, elle ne fait pratiquement aucune mention de cette recherche. Une telle approche serait impensable en Suisse", déclare Judith Reusser de SWISSAID.

La consultation publique menée au Nigeria ressemble à une farce. L'expérience a été approuvée deux jours seulement après que la Nigerian Biosafety Authority ait commenté les objections de 88 ONG locales et promis une révision critique de la demande.

"Malheureusement, dans de nombreux pays en développement, la société civile n'a guère voix au chapitre. L'EPFZ doit en assumer la responsabilité", déclare Tina Goethe de « Brot für alle ». Il y a près d'un an, en collaboration avec SWISSAID et la SAG, elle a pris contact avec l’EPFZ et demandé des informations mais les questions n’ont pas toutes reçu de réponses.