28.07.2015 | Disséminations expérimentales

170714banane En Ouganda, la banane plantain fait partie des aliments de base. Photo : Clipdealer

Une équipe de chercheurs australiens de la Queensland University of Technology a mis au point une banane génétiquement modifiée présentant une concentration en provitamine A supérieure aux bananes africaines. Développée ces dix dernières années avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates, qui a investi près de 7,6 millions de dollars dans le projet, cette banane est censée sauver chaque année des centaines de milliers d’enfants menacés de cécité suite à des carences en vitamine A. Il est maintenant prévu de passer à des essais de terrain en Ouganda, où la banane plantain fait partie de l’alimentation de base et où les problèmes de malnutrition sont particulièrement aigus.

Au cours de sa phase de développement, la banane transgénique avait défrayé la chronique à plusieurs reprises. En 2014, l’université de l’Iowa, financée elle aussi par la fondation Gates, avait notamment voulu la tester pendant six semaines sur des étudiants volontaires qui s’étaient vu proposer 900 dollars pour la consommer. L’essai devait permettre de vérifier que la banane améliore bien l’apport en vitamine A. Mais il avait donné lieu à une pétition lancée par plusieurs organisations et signée par plus de 57'000 personnes. Deux ans plus tard, l’essai avait quand même fini par être réalisé dans une nouvelle mouture.

Ceci dit, les projets tablant sur des plantes génétiquement modifiées ne se limitent pas aux bananes en Afrique. D’autres plantes qui y sont cultivées comme le riz, la patate douce, le pois d’Angole, la cassave ou le sorgho font elles aussi l’objet de manipulations génétiques. Cela fait des années que les géants de l’agroalimentaire Monsanto et Syngenta ainsi que la fondation controversée de Bill Gates, l’inventeur de Microsoft, sont présents au Burkina Faso, en Egypte, au Ghana, au Nigeria, au Kenya, en Ouganda ou au Malawi pour y investir dans le génie génétique.

Le Centre africain pour la biodiversité (ACB) doute de la capacité de la biotechnologie à répondre aux besoins de l’agriculture africaine. Les plantes cultivées transgéniques sont l’incarnation d’un modèle agricole uniforme et industriel, écrit l’ACB ; elles favorisent les monocultures qui à leur tour sont propices au développement de maladies et de nuisibles. Il faut des méthodes culturales durables qui misent sur la biodiversité et sur une large palette de plantes utiles, comme le prône aussi le rapport sur l’agriculture mondiale. Moyennant une alimentation variée à base de fruits et de légumes, la malnutrition pourrait être combattue bien plus efficacement et à un coût moindre qu’à grand renfort de biotechnologies onéreuses. Le bétacarotène (Pro vitamine A) est en effet une des molécules les plus fréquentes de la nature et se rencontre dans nombre de fruits et de plantes...que les monocultures de bananes font disparaître.