
(Image : Velichko AK, Wikimedia Commons)
IUCN/Marcus Rose/Workers Photos
IUCN/Marcus Rose/Workers PhoIUCN/Marcus Rose/Workers PhIUCN/Marcus Rose/Workers Photos
Une étude récente publiée dans la revue scientifique Science met en évidence que les nouvelles techniques de génie génétique peuvent entraîner des effets indésirables importants sur le fonctionnement des gènes, même lorsque l’ADN semble avoir été correctement réparé après l’intervention.
La technologie CRISPR/Cas agit en provoquant des cassures ciblées de l’ADN à double brin, ensuite réparées par les mécanismes cellulaires. Toutefois, l’organisation tridimensionnelle de l’ADN – la chromatine – essentielle à la régulation de l’activité génétique, n’est pas entièrement restaurée après cette réparation. Cette altération peut persister à long terme et conduire à l’activation ou à l’inactivation inappropriée de nombreux gènes.
Les chercheurs qualifient ce phénomène de « fatigue de la chromatine ». Il s’agit d’un effet épigénétique : la séquence d’ADN reste inchangée, mais la manière dont les gènes sont exprimés est modifiée. Fait particulièrement préoccupant, ces altérations peuvent être transmises aux cellules filles, ce qui ouvre la voie à des conséquences durables.
Lorsque la structure du domaine chromatinien entourant un gène est perturbée, l’expression génétique peut être modifiée de manière involontaire. Cela remet en cause la précision et la prévisibilité souvent attribuées à ces technologies : même si la cassure de l’ADN semble réparée avec succès, les effets globaux de l’intervention peuvent rester imprévisibles.
Transmission d’effets épigénétiques involontaires
Une amélioration des outils ou de leur précision ne permet pas d’éviter ce phénomène, car il survient lors du processus de réparation de l’ADN après la coupure initiale. L’étude montre ainsi que des modifications apparemment ciblées peuvent influencer de nombreux gènes de manière inattendue.
Dans le cas des plantes issues de ces techniques, cela pourrait entraîner des modifications involontaires des processus métaboliques, des niveaux de toxines ou d’allergènes, ou d’autres caractéristiques biologiques. Ces changements pourraient en outre être transmis aux générations suivantes. Chez les animaux, des conséquences telles que des malformations, des cancers ou d’autres troubles physiologiques ne peuvent être exclues.
Implications pour la sécurité et la réglementation
Ces résultats soulèvent des questions importantes quant aux projets actuels de déréglementation des nouvelles techniques de génie génétique, notamment au sein de l’Union européenne. Même des modifications génétiques ciblées et limitées peuvent avoir des effets étendus et imprévus en perturbant les mécanismes épigénétiques de régulation.
Dans ce contexte, des impacts négatifs sur l’environnement et la santé ne peuvent être écartés. Il apparaît donc indispensable de procéder à des analyses moléculaires approfondies avant toute mise sur le marché. Cela inclut notamment l’étude de l’expression des gènes (transcriptome), des protéines produites (protéome) et des composés biochimiques présents dans l’organisme (métabolome).



