Violation du principe de précaution – perspective d’un recours devant la Cour de justice de l’Union européenne

Nouveau règlement européen sur les OGM : une double violation du droit

Un avis juri­di­que rédi­gé par le cabi­net d’a­vo­cats ber­li­nois GGSC à la deman­de de la fédé­ra­ti­on alle­man­de des asso­cia­ti­ons bio BÖLW est par­ve­nu à la con­clu­si­on sui­van­te : le règle­ment euro­pé­en sur les nou­vel­les tech­ni­ques géno­mi­ques (NGT) enfreint à plu­sieurs égards le droit en vigueur. Sont notam­ment cri­ti­qués l’ab­sence d’éva­lua­tions des ris­ques et l’ab­sence d’é­ti­que­ta­ge des den­rées ali­men­tai­res géné­ti­quement modi­fi­ées.

Le règle­ment NGT, adop­té en juin par le Par­le­ment euro­pé­en, pré­voit d’exempter à l’avenir, dans une lar­ge mesu­re, cer­tai­nes plan­tes géné­ti­quement modi­fi­ées de la légis­la­ti­on en vigueur en matiè­re d’OGM. Pour les plan­tes de la caté­go­rie NGT 1 (plan­tes issues de nou­vel­les tech­ni­ques géno­mi­ques sans intro­duc­tion de gènes étran­gers), l’évaluation des ris­ques dans le cad­re d’une pro­cé­du­re d’autorisation est donc sup­p­ri­mée. L’obligation d’étiquetage des pro­duits issus de plan­tes géné­ti­quement modi­fi­ées est éga­le­ment tota­le­ment sup­p­ri­mée.

Vio­la­ti­on du prin­ci­pe de pré­cau­ti­on de l’UE

Selon les juri­stes du GGSC, cela est con­trai­re au prin­ci­pe de pré­cau­ti­on inscrit dans les trai­tés de l’UE. Ce prin­ci­pe obli­ge­ait jusqu’à pré­sent les auto­ri­tés à éva­luer soi­gneu­se­ment les ris­ques pour l’homme, les ani­maux et l’environnement avant tou­te dis­sé­mi­na­ti­on d’organismes géné­ti­quement modi­fi­és. Or, le règle­ment pré­vu rem­pla­cerait cet­te éva­lua­ti­on par un simp­le « con­trô­le d’équivalence » admi­ni­stra­tif, qui se con­t­en­ter­ait de véri­fier si les modi­fi­ca­ti­ons géné­ti­ques restent dans les limi­tes défi­nies par la loi.

En revan­che, les effets réels que les nou­vel­les carac­té­ri­sti­ques des plan­tes pour­rai­ent avoir sur l’environnement ou la san­té ne serai­ent pas étu­diés. Même si des con­sé­quen­ces néfa­stes devai­ent appa­raît­re ulté­ri­eu­re­ment, les plan­tes pro­blé­ma­ti­ques ne pour­rai­ent, selon les exper­ti­ses, pra­ti­quement plus être sou­mi­ses à la légis­la­ti­on sur le génie géné­tique ni fai­re l’objet d’une régle­men­ta­ti­on plus stric­te.

Vio­la­ti­on des obli­ga­ti­ons inter­na­tio­na­les

L’avis d’experts con­sta­te en out­re une vio­la­ti­on du Pro­to­co­le de Car­tha­gè­ne à la Con­ven­ti­on des Nati­ons unies sur la bio­di­ver­si­té. Celui-ci obli­ge les États par­ties à pro­cé­der à une éva­lua­ti­on des ris­ques au cas par cas avant la dis­sé­mi­na­ti­on d’organismes géné­ti­quement modi­fi­és.

La régle­men­ta­ti­on euro­pé­en­ne pré­vue con­tour­nerait cet­te obli­ga­ti­on en clas­sant de maniè­re géné­ra­le cer­tai­nes plan­tes géné­ti­quement modi­fi­ées com­me équi­va­len­tes aux plan­tes issues de la sélec­tion con­ven­ti­on­nel­le. Le système de pro­tec­tion exi­stant serait ain­si de fait vidé de sa sub­stance.

Les auteurs cri­ti­quent éga­le­ment le man­que de trans­pa­rence pour les con­som­ma­teurs et con­som­ma­tri­ces. À l’avenir, seu­les les semen­ces devront être éti­que­tées. Les den­rées ali­men­tai­res et aut­res pro­duits issus de plan­tes NGT – tels que les ali­ments pour bébés, les plats pré­pa­rés ou les pro­duits sur­gelés – ne devront en revan­che plus être décla­rés com­me géné­ti­quement modi­fi­és.

Un État membre de l’UE pour­rait désor­mais fai­re véri­fier la léga­li­té du nou­veau règle­ment direc­te­ment par la Cour de justi­ce de l’Union euro­pé­en­ne. Les experts esti­ment qu’un tel recours a de bon­nes chan­ces d’aboutir.

Appel de l’ASGG : con­tri­buez à la pro­tec­tion de la liber­té de choix en signant cet­te péti­ti­on

Cet avis juri­di­que mont­re une fois de plus ce que l’ASGG récla­me depuis long­temps : le prin­ci­pe de pré­cau­ti­on, un éti­que­ta­ge trans­pa­rent et des éva­lua­tions indé­pen­dan­tes des ris­ques sont essen­tiels pour la pro­tec­tion de l’environnement, de l’agriculture et des con­som­ma­tri­ces et con­som­ma­teurs, et doi­vent être pré­ser­vés. Signez vous aus­si not­re appel pour reven­diquer le droit à la liber­té de choix et pro­té­ger la qua­li­té suis­se cont­re les OGM !

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