L’expérience du châtaignier génétiquement modifié le montre : ce qui commence comme un projet de recherche contrôlé peut, à long terme, s’intégrer dans un écosystème – et il est pratiquement impossible de revenir en arrière.

États-Unis : un châtaignier génétiquement modifié sur le point d’être disséminé – un signal d’alarme pour la protection de la nature

Un châ­tai­gnier amé­ri­cain géné­ti­quement modi­fié pour­rait bien­tôt être plan­té en plei­ne natu­re aux États-Unis.Les arbres peu­vent vivent des cen­tai­nes d’années et dis­sé­mi­ner des mil­li­ons de grai­nes et d’énormes quan­ti­té de pol­len. En cas de pro­blè­me, il est impos­si­ble de reve­nir en arriè­re. Ce cas revêt éga­le­ment une importance pour la Suis­se.

Le châ­tai­gnier d’Amérique (Casta­nea den­ta­ta) était aut­re­fois l’une des essen­ces domi­nan­tes de l’est de l’Amérique du Nord. Au siè­cle der­nier, un cham­pi­gnon intro­duit a tou­te­fois fail­li fai­re dis­pa­raît­re les peu­ple­ments. Des mil­li­ons d’arbres ont péri. Aujourd’hui, un châ­tai­gnier géné­ti­quement modi­fié dev­rait con­tri­buer à la réin­tro­duc­tion de l’espèce.

La varié­té « Dar­ling 54 » a été mise au point à l’Université d’État de New York à l’aide de tech­ni­ques de génie géné­tique clas­si­ques. Un gène de blé lui a été intro­duit afin de la rend­re rési­stan­te au cham­pi­gnon. En août 2026, l’autorité amé­ri­cai­ne com­pé­ten­te, l’USDA, a exemp­té ce châ­tai­gnier de cer­tai­nes con­train­tes régle­men­tai­res liées aux OGM. Elle a con­clu qu’il ne pré­sen­tait pas de ris­que plus éle­vé qu’un châ­tai­gnier non géné­ti­quement modi­fié. Sa dis­sé­mi­na­ti­on dans l’environnement est donc en pas­se d’être auto­ri­sée – il ne reste plus qu’à attendre l’évaluation de l’Agence amé­ri­cai­ne de pro­tec­tion de l’environnement (EPA).

Une expé­ri­ence sur des popu­la­ti­ons sau­va­ges

Cet­te dis­sé­mi­na­ti­on pré­vue est par­ti­cu­liè­re­ment déli­ca­te, car il s’agit d’un arb­re fore­stier à longue durée de vie qui trans­met son pol­len et ses grai­nes aux popu­la­ti­ons sau­va­ges au fil des géné­ra­ti­ons et inter­agit avec de nombreux aut­res orga­nis­mes. Une fois dis­sé­mi­né, ce pro­ces­sus est pra­ti­quement irré­ver­si­ble.

Des cri­ti­ques éma­nent donc éga­le­ment d’organisations qui s’engagent depuis des décen­nies pour la sau­vegar­de du châ­tai­gnier d’Amérique. L’American Chest­nut Foun­da­ti­on a mis fin en 2023 à sa col­la­bo­ra­ti­on avec les cher­cheurs, invo­quant notam­ment des obser­va­tions faisant état d’une vita­li­té réduite et d’une rési­stance iné­ga­le au cham­pi­gnon. La clas­si­fi­ca­ti­on des lig­nées étu­diées s’est éga­le­ment avé­rée dif­fi­ci­le : ce n’est que plu­sieurs années après le début des recher­ches qu’il a été con­sta­té que les plan­tes étu­diées sous le nom de « Dar­ling 58 » appar­te­naient en réa­li­té à la lig­née géné­ti­quement dif­fé­ren­te « Dar­ling 54 ». Ce cas mont­re à quel point une docu­men­ta­ti­on et un con­trô­le sans fail­le des orga­nis­mes géné­ti­quement modi­fi­és sont importants.

Qu’est-ce que cela signi­fie pour la Suis­se ?

Cet­te affai­re est éga­le­ment per­ti­nen­te au regard du débat suis­se sur les nou­vel­les tech­ni­ques de génie géné­tique tel­les que CRISPR/Cas. En 2025, le Con­seil fédé­ral a pré­sen­té un pro­jet de loi pré­voyant des pro­cé­du­res d’autorisation sim­pli­fi­ées pour la majo­ri­té des plan­tes issues de nou­vel­les tech­ni­ques de génie géné­tique. Pour cel­les-ci, l’évaluation des ris­ques envi­ron­ne­men­taux serait sup­p­ri­mée et la sur­veil­lan­ce devi­en­drait impos­si­ble si les pro­duc­teurs n’étaient plus tenus de four­nir la métho­de de détec­tion et le maté­ri­el de réfé­rence.

Dans le cas des plan­tes à longue durée de vie, le pol­len et les grai­nes peu­vent être dis­sé­mi­nés sur de vastes distances. Les modi­fi­ca­ti­ons peu­vent se pro­pa­ger au sein des popu­la­ti­ons et, par con­sé­quent, influen­cer éga­le­ment les com­mun­au­tés bio­ti­ques natu­rel­les et les éco­sy­stè­mes. C’est pour­quoi des règles clai­res, fon­dées sur le prin­ci­pe de pré­cau­ti­on, sont néces­saires : des éva­lua­tions des ris­ques obli­ga­toires, ain­si que la trans­pa­rence et la tra­ça­bi­li­té. De plus, des métho­des de détec­tion et du maté­ri­el de réfé­rence doi­vent être dis­po­ni­bles.

La Suis­se doit empêcher que des plan­tes issues de nou­vel­les tech­ni­ques de génie géné­tique ne soi­ent déré­gle­men­tées sans que leurs effets sur la natu­re et l’environnement aient été suf­fi­sam­ment éva­lués.

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